Alès-Càlan

Posté par: Nicolas in TransylvanietracesRoumaniereportagereportphotoreportagephotoreportphotojournalismephotojournalismphotographyphotographienicolabFranceexpulsiondocumenteurdocumentairecarnet de route on  

Nicolas
 
Mercredi 23 juillet 2008, 37 roumains du bidonville de Hanul à St Denis, le plus ancien de Seine-Saint-Denis, ont effectué un aller-retour en Belgique dans un car affrété par des organisations de défense des droits de l’homme. Il s’agissait pour eux de respecter l’OQTF (obligation de quitter le territoire français) qui les menace et d’en démontrer accessoirement l’absurdité : à peine franchi le poste-frontière de Saint-Haybert, ils ont fait demi-tour et sont rentrés le soir même à Saint-Denis. Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Europe, en 2007, ses ressortissants jouissent, en théorie, d’une totale liberté de circulation. Mais au-delà des trois mois de séjour dans le même pays, ils sont soumis à des conditions de ressources.
« Les autorités décident l’éloignement sur l’absence de ressources sur le territoire », explique Didier Inowlocki du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés ; www.gisti.org). « Mais avant de notifier une OQTF, un examen de situation est nécessaire . » Or selon lui, les agents de l’ANAEM (agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations) « arrivent avec des OQTF préremplies, mettent les gens en file indienne, leur demandent leur nom et prénom et leur date de naissance »1 , et c’est « nettoyé », pour reprendre les termes de la nouvelle directrice du foyer de jeunes travailleurs d’Alès, dans le Gard.  Dans le cas de ce foyer, les travailleurs sociaux se sont chargés de faire signer les « aides au retour humanitaire », petit pécule offert en échange d’un départ, sans autoriser la présence du RESF (Réseau Éducation Sans Frontières). Le but de la manœuvre est d’éviter le désordre et d’inciter les familles à partir volontairement (150 euros par adulte), afin de remplir les chiffres fixés par Nicolas Sarkozy.
Cependant certains s’interrogent sur la légalité de l’OQTF et se tournent vers le Conseil d’État. Des associations ont demandé à ce même Conseil d’État de se tourner à son tour vers la Cour de justice des communautés européennes (CJCE).

Toutes ces abréviations et détours sémantiques compliqués n’expliquent pas et ne mettent pas en évidence la façon dont la France bafoue le droit commun à l’encontre des Roms. L’année passée, 6000 Roms ont quitté le territoire français sur les 24 000 expulsions atteintes. Dans les couloirs de l’Élysée on doit sûrement parler d’un bon  « score », en pensant aux 28 000 prévues pour 2008, mais dans les réunions associatives, les militants dorment très mal… 

Quant à lui Rémus, ancien résident du foyer d’Alès, n’a pas beaucoup dormi dans sa voiture depuis son retour en France. Rémus et sa famille faisaient partie des 32 Roumains expulsés du foyer de jeunes travailleurs. Suite au changement de direction du foyer, la municipalité a missionné la nouvelle équipe du centre communal d’action sociale pour reloger les habitants du foyer. Mais ce relogement ne concernait que les personnes en situation régulière. 
Malgré les multiples actions médiatisées du RESF et de la Cimade, les 32 personnes du foyer, dont les enfants étaient scolarisés, ont rejoint le 14 mai 2008 l’aéroport de Nîmes, où tout le monde fut acheminé par Charter jusqu’en Roumanie. Ils partirent 32 d’Alès, et par acharnement se virent 126 à Timisoara, en Transylvanie… 

Ce reportage photographique relate quelques bribes de ces flux de populations à travers l’histoire de Rémus et de sa famille.


1.  Exemple cité dans un  article paru dans « Libération »  du 25 juillet 2008 : « Les expulsions des Roms, un leurre qui gonfle les chiffres d’Hortefeux », de Catherine Coroller. 

http://nicolab.mf314.com
 
 

 
 
22 avril 2008
Alès, département du Gard. France. 

Foyer pour jeunes travailleurs.

 

 

"La double peine". Une famille roumaine dort sur le parking du foyer après en avoir été expulsée. Il signeront "l'aide humanitaire au retour" et quitteront leur camionnette pour rejoindre Càlan. Ils redeviendront les voisins de Rémus.

 

7 mai
Il n'aime pas trop être pris en photo. Rémus habitait le foyer depuis un an. Nous partirons avec certains de ces proches pour la Roumanie

 

 
Sous le joug de l'OQTF, la famille de Rémus subira un prélèvement ADN au commissariat d'Alès, ils signeront l'aide au retour et partiront par Charter depuis Nîmes le 14 mai. Rémus décide de partir en voiture pour ramener les effets personnels et pour vendre la voiture une fois arrivé en Roumanie. Liliana, de dos au premier plan, est la femme de Rémus, elle restera avec les sept enfants.

 

8 mai 
3H30 du matin, Briançon. Le coup de la panne... les vitesses ne passent plus. Nous sommes à 20 Kms du poste frontière franco-italien, où les expulsés devront faire tamponner leurs OQTF, prouvant leur sortie du territoire.

 

 Italie.
 
Il n'y avait personne au poste frontière. Ils devront trouver une autre solution en Roumanie, où ailleurs, pour prouver que cette sortie eu lieu en temps voulu. Auquel cas ils se verront interdit de territoire français et encoureront une peine de trois ans de prison pour non respet de la loi.

 

Tercate, province de Milan.
Marssssssius dans une casse avec sa pédale d'embrayage à la main.

 

9 mai
Frontière Austro-hongroise.
L'Autriche traversée de nuit, nous sommes sur la frontière Austro-Hongroise à 4H58 du matin. Par ici le soleil se lève plus tôt que dans nos contrées.

 

 
Nous dormons chacun notre tour, nous ne nous sommes pas arrêtés depuis Milan, et nous nous arrêterons qu'une fois arrivés à Càlan.

 

10 mai
Càlan, région de Hunédoara en Transylvanie. Roumanie. 
Il aura fallu graisser la patte pour entrer en Roumanie. Il ne fait pas bon d'être un manouche par ici...

 

 
Salomia. Elle est le lien de parenté de tout le monde.

 

11 mai 
Savou, beau frère de Rémus, gagne sa vie en ramassant de la ferraille dans la friche industrielle de Càlan.

 

 
Quatre de ses neuf enfants.

 

 
Une cinquième grignotte dans la poêlée de la grand-mère.

 

 
Rémus et la grand-mère.

 

 12 mai
Habitants de Càlan.

 

 
Le point d'eau.

 

 
Le travail... Usine en friche depuis la chute de Ceauşescu. Salarié pendant cette ère, Rémus y a ramassé de la ferraille pendant quinze ans.

 

 
De la ferraille.

 

 14 mai
La ferraille.

 

 
Cent kilos de ferraille font quarante Lei, soit cinq euros.

 

15 mai 2008 
Timisoara, région du Timis. Roumanie. 
Bien loin du parking et de sa camionnette, Trifu et sa famille arrivent à Timisoara. Le dernier enfant à deux mois, il lui faut des soins médicaux.

 

 
126 personnes ont été expulsés. Nîmes, Montpellier, Alès et Perpignan.

 

 
32 habitaient le foyer de jeunes travailleurs d'Alès.

 

 
...

 

 
Escortés par bus de l'aéroport jusqu'en gare de Timisoara.

 

Càlan. 
Les retrouvailles. Parfois plusieurs années les ont séparés.

 

16 mai 
La maison de Rémus. Il faut rebrancher l'électricité. Cela fait partie des promesses électorales de la commune...

 

 
Certains enfants de Rémus partiront ramasser la ferraille.

 

 
Rémus rentrera à Alès avec la femme de son fils, Florin, qui attend un bébé. Dans l'espoir d'une situation régulière et d'une vie décente pour sa famille.

 

16 juin 2008
Alès, département du Gard. France. 
 
Rémus.
 

 


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